titre à déterminer
Dialogue avec Graciela Geuna
📅 09/12/2026

Graciela Geuna est membre du collectif de plaignants dans l'affaire des « enterrements clandestins » à Córdoba, en Argentine. Elle cumule la double qualité de « survivante » du camp de concentration de La Perla et de proche d'une personne disparue, son mari, Jorge Omar Cazorla.
Depuis son arrivée à Genève en 1980, à l'âge de 24 ans, afin de présenter son témoignage devant l'ONU, elle poursuit son engagement en faveur de la mémoire, de la vérité et de la justice. Elle a construit sa vie en Suisse, s'est remariée et est mère de trois enfants aujourd'hui adultes. Juriste retraitée du Bureau international du travail (BIT), elle passe de longues périodes en Argentine. Le 11 avril 2025, elle dépose, aux côtés de 26 familles, une plainte pénale visant à faire avancer la recherche des personnes disparues à Córdoba. Cette plainte a porté ses premiers fruits à la fin de l'année 2025. Les recherches se poursuivent et continuent de produire des résultats.
Graciela n'aime pas se définir comme « survivante », parce que son but, sa vie durant, a été de récupérer la passion de la vie, d'être vivante et non seulement survivante. Elle ressent la condition de survivante comme celle de quelqu'un qui essaie désespérément de ne pas se noyer, une victime permanente. Elle a été victime, elle ne l'est plus. Cependant, le vécu du camp de concentration, l'assassinat de Jorge, son parcours en tant que militante d'un témoignage qui a provoqué un choc pour de multiples raisons, sont pour elle des éléments constitutifs. Ces éléments très difficiles ont fortement contribué à la sentence exemplaire du procès des crimes commis à La Perla. De ce fait, la sentence est devenue partie de sa mémoire personnelle et collective.
Selon Graciela, « Le camp est constitutif, il a changé mon histoire, il contient beaucoup de douleur mais aussi de l'amour de ceux qui ont partagé le camp avec moi et de ceux qui m'ont crue et aimée. Mes enfants et mon mari m'ont beaucoup appuyée. Pour résumer, l'action et l'amour des autres m'ont donné la force d'être vivante parmi les vivants dans un monde partagé. C'est pour ramener les corps des disparus à ce monde partagé que nous les cherchons aujourd’hui, parce que notre monde est fait de gens vivants et de gens morts, mais pas de disparus. »
Témoigner, ne pas se murer... On se souviendra du livre de Soazig Aaron Le Non de Klara. En cette rentrée littéraire, Marion Brunet publie Ne cherche pas le chaos : Pablo, sorti des prisons de Pinochet, se réfugie en France et, dans sa "vie nouvelle", ne répond à aucune question de sa compagne, de sa fille, laquelle finira néanmoins par le sortir du silence.