Quelques mots sur le pourquoi des psychanalystes face à ces thèmes ?
La psychanalyse n'est pas une discipline parmi d'autres dans ce séminaire — elle en est le point de départ et l'horizon. Non pas parce que les psychanalystes auraient une réponse toute faite, mais parce qu'ils apportent une question que les autres disciplines posent rarement : que se passe-t-il à l'intérieur de quelqu'un qui tient — ou qui ne tient plus ?
La clinique psychanalytique est une pratique de la résistance ordinaire. À chaque séance, le clinicien tient un espace de parole, de pensée, de présence contre les forces de réduction. Ce que le psychanalyste fait dans son cabinet ressemble, à une échelle intime, à ce que Zelensky a fait dans les rues de Kiev : il reste, il parle, il maintient un espace tiers.
Ce que la psychanalyse ajoute à la réflexion politique :
Les sciences humaines analysent bien les phénomènes de clivage et de radicalisation. Mais elles peinent parfois à rendre compte des moteurs inconscients de l'adhésion aux discours totalitaires, de la jouissance dans la haine de l'autre, ou du vertige de la sidération.
La psychanalyse sait, depuis Freud, que les foules obéissent à la logique du fantasme et au besoin de meneur. Elle sait que la démocratie est un compromis précieux — une façon de vivre avec l'autre sans le détruire. Et elle sait ce que coûte psychiquement de tenir une position éthique.
"Tenir bon" comme question clinique :
Tenir bon n'est pas une posture héroïque. C'est d'abord une question d'économie psychique : qu'est-ce qui permet à un sujet de ne pas céder sur son désir ? Qu'est-ce qui fait que certains résistent là où d'autres s'effondrent parce que les ressources symboliques leur ont manqué ?
La psychanalyse apporte des réponses singulières qui relèvent de ce qui se noue très tôt entre un sujet et le langage, entre un être et sa place dans le monde. C'est pourquoi des psychanalystes ont quelque chose à dire – mais aussi à apprendre — sur le juge qui résiste, sur l'enseignant qui tient sa classe ou sur le soignant qui préserve l'humain.
La force du témoignage
C'est pourquoi ce séminaire ne fonctionne pas sur le mode de la conférence ou de l'exposé théorique. Il part du récit singulier — d'une situation vécue, d'un moment où quelque chose a failli céder et n'a pas cédé. Ce choix n'est pas rhétorique : il est clinique.
La psychanalyse sait depuis longtemps ce que le témoignage fait à celui qui l'entend. Entendre quelqu'un dire comment il a tenu — non en général, mais dans cette situation précise, avec ces ressources-là et pas d'autres — produit quelque chose qui dépasse l'information ou l'exemple. Ce qui se noue alors relève de l'identification : non pas l'imitation d'un modèle à copier, mais ce mouvement plus souterrain par lequel le récit de l'autre touche quelque chose en nous, réveille une capacité que nous ne savions plus avoir, et parfois redonne du mouvement là où nous étions sidérés.
En ce sens, écouter quelqu'un témoigner de ce qui l'a tenu debout peut remettre quelque chose en mouvement là où nous sommes arrêtés, ou pourrions l'être.